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  Migration

vendredi 12 janvier 2007, par Yves P

1er atelier 2007

Bonne année visiteurs

M’incliner, je n’avais plus qu’a m’incliner devant l’autel de la vie. Je me sentais comme un contrôleur de train après le coup de sifflet final, lorsque le train quitte la gare. Un pied dans le vide, un autre sur la dernière marche du wagon de queue, regardant tristement une paire de valises orphelines, restées plantées sur le quai.

J’avais longtemps hésité à partir. Ne pas déserter, faire bloc, se battre jusqu’au bout. Et puis, il avait fallu se rendre à l’évidence, regarder les choses en face. Lutter … au nom de quoi ?! La guerre était perdue d’avance.

Mon âme, coincée dans un corps de jeune homme tendre, ne faisait que respecter les règles : vivre, vivre par-dessus tout, même s’il fallait construire ailleurs. Même s’il fallait abandonner la terre natale. Partir pour ne pas mourir, partir pour ne pas tuer des innocents, perdu dans la folie d’un combat sans merci, d’un combat sans justice.

Alors voilà, au matin du 4 juillet 1960, j’ai pris le bateau. J’ai arpenté une dernière fois les rues de ma ville, une nuit entière. Au petit matin, vêtu de mon unique costume, d’une chemise blanche et d’une cravate, je suis entré chez le photographe de la rue Thermidor.

30 minutes plus tard, je me dirigeais vers le port. 4 photos d’identité, deux valises bien en main, bien suspendues, de part et d’autre de mon corps, tentant de garder l’équilibre. Je n’avais plus que cela.

J’ai commencé le voyage à l’arrière du bateau. J’ai regardé la terre s’éloigner, lentement, puis disparaitre. J’ai regardé les larmes de mon corps se mélanger à l’écume bouillonnante des moteurs en furie. A la limite des eaux territoriales, j’ai dispersé une partie de moi-même. Perdu à tout jamais.

Enfin, je me suis retourné et j’ai commencé ma lente ascension vers la proue du bateau. Avais-je le choix ?

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