Extrait de l’addenda n°3 du livre d’Alfred Manuel

Découvrez votre nature profonde, éditions du Souffle d’Or
samedi 21 novembre 2009, par Catherine Manuel-Lamarque
Préambule
Ce texte a pour vocation d’éveiller une curiosité chez ceux qui ne connaissent pas l’ennéagramme. Les virtuoses de la figure y trouveront un survol théorique très rapide, un essai sur ses origines et une série de questions à tous les chercheurs de Sens.
L’ennéagramme des personnalités est le seul qui sera abordé ici. Les multiples niveaux de lecture qu’il entraîne seront à peine évoqués. L’ennéagramme selon la 4ème voie, propre aux enseignements issus de Georges Ivanovitch Gurdjieff et de Piotr Demianovitch Ouspenski, restera caché afin de respecter leur tradition de transmission selon un mode plus initiatique. Cet autre ennéagramme en appelle à tous les méandres du mouvement et de la place, il est à la fois proche et lointain de l’ennéagramme des personnalités issus des écoles sud et nord américaines.
Pour en savoir davantage, les livres et formations sont à notre disposition. Je suis certaine que la connaissance et la sagesse de l’ennéagramme se transmettent en groupe et en toute intimité avec soi. L’ennéagramme est un miroir, celui qui se regarde a besoin du reflet de l’Autre pour en apprécier la saveur, la richesse et l’utilité. Se regarder seul et dans son coin nous conduit directement à revisiter le mythe de Narcisse.
Un peu de mise en place
L’ennéagramme porte un nom étrange et provient de sources multiples, un peu comme la kinésiologie. Les hommes en débattent encore. Cette figure géométrique est-elle en lien avec l’arsenal psychologique ? le spirituel ? le psycho-spirituel ? autre chose ?
Les liens se révèlent en fonction des référentiels et niveaux de lecture choisis.
L’ennéagramme ne détient aucune vérité, ne définit personne, il offre des points de vue larges et focalisés. Il est à la fois miroir et carte, avec ses codes, ses routes, ses points, ses angles, ses espaces vierges. Cadre d’observation, il propose aussi des exercices de sagesse du corps et de l’esprit. Il est philosophie.
C’est aussi une illustration, un monde figuré. Certains parlent d’outil, d’autres de symbole, certains de système d’étude de la personnalité, d’autres du visage de Dieu. L’écart d’interprétation est vaste. Certains parlent de typologie, d’outil de communication, d’autres de chemin spirituel, voire de guide, de pierre de rosette. Certains font un saut de puce, d’autres accomplissent des pas de géant.
L’ennéagramme est avant tout un miroir intime et une carte déployée devant nous, pour nous, sur laquelle nous allons nous placer, nous déplacer. Nous allons y rencontrer l’Autre, tous les autres et surtout nous-même.
L’ennéagramme des personnalités est simple d’accès, il se dévoile au fur et en mesure de son usage. Au début nous cherchons le chemin vers notre centre* chouchouté (ça peut prendre du temps, nous pouvons nous égarer en toute bonne et mauvaise foi). Le candidat au voyage repère et retrace ses itinéraires intérieurs puis avance ou recule face à eux. Ainsi se bâtit tout doucement l’amour de soi et des autres, sans fausse pudeur, sans flatterie, ni condescendance. Le voyageur se découvre sous d’autres angles et se détourne progressivement de ses impasses.
En plus de cette « re-connaissance », l’ennéagramme génère l’indispensable attitude de tolérance et d’acceptation de l’autre. Il ne s’agit pas de virevolter à travers soi : la recherche de la singularité et de la communauté qu’est l’Autre est incluse dans le voyage. L’ennéagramme est un système humaniste, évolutif et dynamique dont l’impact sur nous se fait au travers d’essais, d’erreurs, de renforcements et de joie. Il convient de résister à la tentation de mettre des étiquettes, de rester ouvert afin d’établir une profonde connexion avec notre entièreté et ainsi éviter de se complaire dans nos travers et nos chemins habituels. L’ennéagramme déploie en une figure simple l’entièreté de la psyché humaine. Macrocosme et microcosme tout à la fois, il montre nos verrous. À nous de fabriquer la clé qui ouvrira la serrure ou pas. Et comme tout voyage commence par un premier pas, allons-y.
Un peu de théorie L’ennéagramme présente 9 profils psychologiques. Il modélise afin de favoriser l’ouverture à la structure de notre personnalité. Il pousse notre Ego dans ses retranchements. Au fur et à mesure de l’apprentissage, verticalité et horizontalité prennent sens.
Les deux dimensions sont là, prêtes à être explorées par le voyageur.
Apprendre à changer de latitudes théoriques et de longitudes intimes par une pratique intérieure et extérieure, sont essentiels.
Chaque être humain est distinct, particulier et unique. Par son patrimoine génétique, son histoire de vie, sa famille, ses ancêtres, sa culture… il se manifeste au monde.
L’ennéagramme, figure symbolique des natures humaines, ne perd jamais de vue ce postulat même si au premier abord il semble classifier ou réduire…
3 centres de 3 points font 9 points L’ennéagramme reprend une théorie fort ancienne et fort universelle qui considère l’être humain sous trois « intelligences », trois forces (Platon les nommait : volonté, émotion et raison). Dans l’ennéagramme on les appelle centres : physique, émotionnel, mental.
Ces 3 centres s’imbriquent constamment en nous et vivent en bonne et mauvaise harmonie. Ensemble, dans leurs tonalités sombres, ils forment l’ego, appelé aussi fausse personnalité.
Quand ils sont éclairés, le plan spirituel, appelé essence ou vraie personnalité, apparaît mais pour cela, la fausse personnalité (nos illusions intimes) a besoin de se calmer.
8-9-1 centre instinctif
le ventre - cerveau reptilien – maîtrise - contrôle – sexuel – hostiles - colère
Ceux dont la porte principale est ce centre ont du mal à suivre un plan clair et s’y tenir.
Consciemment ou inconsciemment réglé par leur hostilité, la recherche du pouvoir et de l’équité sont à l’honneur, consciemment ou non.
Le nez, l’oreille
2-3-4 centre émotionnel
le cœur - cerveau limbique - relation à l’autre - social – ouvert - besoin de reconnaissance
Ont du mal à rester avec eux-mêmes. Visent consciemment ou inconsciemment l’image de soi, de l’autre. Les responsabilités, les effets miroitants sont soignés.
Le toucher, le goût
5-6-7 centre mental
la tête - néo-cortex - processus mentaux – conservateur- fermé – peur
Là-haut, depuis leur tour de contrôle, ils se détournent des autres et prennent du recul en premier. La vie est un mystère, une énigme. De l’extérieur, paraissent convaincus, intelligents, clairs d’esprit mais intérieurement se sentent souvent isolés, confus. La recherche d’un sens, du Sens, est privilégiée.
La vue
… … …
Un peu d’histoire
Retracer l’histoire de l’ennéagramme est aléatoire. Sa source est en lien avec des sagesses fort anciennes mais il convient de rester prudent en se situant dans l’univers des parentèles, des mythes et des légendes afin de se garder de trop d’affirmation. L’ennéagramme serait en lien avec les babyloniens (-2500 ans) ? D’autres proposent Pythagore comme père spirituel, rendons hommage à celui qui contemplait les chiffres dans leur spatialité. Les travaux de l’école Pythagoricienne au VIème siècle avant JC, exposent clairement la notion des trois centres et développent l’arithmosophie des 9 nombres sacrés. Les fameuses 9 muses ne sont pas sans évoquer l’ennéagramme. Nous retrouvons cette approche triangulaire dans le Tao, la Kabbale, la Philocalie. La structure en trois est ancienne et universelle.
Dans les évangiles, il est à souligner des analogies avec les béatitudes et avec l’épître de Saint Paul aux Galates (5:22-23) mentionnant neuf vertus correspondant à la structure de l’ennéagramme : Le fruit de l’esprit est charité, joie, paix, patience, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi : contre de telle chose, il n’y a pas de loi On retrouve des systèmes fondés sur le couple passion-vertu dès le IVème siècle dans l’œuvre des Pères du désert, notamment Evagre le Pontique et Denys l’Aréopagique, puis au moyen-âge, dans les écrits du philosophe arabe Ibn el-Laith, du mystique Ibn el Arabî, dans la Divine Comédie de Dante et dans les Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer…
Vers le XVème siècle, un ennéagramme plus proche de sa version actuelle apparaîtrait dans l’enseignement secret et oral de certaines écoles soufies au Moyen-Orient. Le Soufisme est considéré par la majorité comme la branche mystique de l’Islam, pour d’autres il est antérieur à l’Islam et non assujetti, simplement adapté. Dans les deux cas, les soufis proposent d’honorer Dieu en travaillant à la pureté de l’âme, donc en l’étudiant afin de se purifier et fusionner avec l’être suprême. Le soufi accomplit sa vie durant, un long voyage spirituel vers son Moi Essentiel (sa Nature Profonde).
L’origine de l’ennéagramme en tant que représentation archétypale du Cœur commence avec le premier homme Adam et se développe au rythme de la révélation progressive de l’Esprit à travers les 27 prophètes fondamentaux de l’histoire des hommes. Ainsi l’écrit un des plus grands des maîtres soufis Ibn Arabî dans son livre fondamental : Les châtons des sagesses. L’ensemble de cette révélation progressive de Adam à Mohammad en 27 étapes sont autant d’expressions de cette sagesse. Chacune des étapes manifeste une lumière ou sagesse divine qui se cristallise chaque fois d’une façon particulière à l’instar de 27 (3 X 9) variétés d’enchâssement (les 27 châtons) des pierres précieuses que sont les cœurs des prophètes, chacun recevant cette lumière de l’Esprit en fonction de sa prédisposition fondamentale (à l’origine de sa vision du monde). Selon les indications prophétiques, tout homme peut être héritier spirituel de l’une de ces 27 sagesses.
Ceci donne une idée de l’ampleur possible de l’enseignement sur l’ennéagramme dont nous verrons que la méthode expérimentale en mode psychologique a aussi conduit à un développement de 27 sous-types, ce qui n’est pas un hasard.
Au début du XXème siècle, Georges Ivanovitch Gurdjieff (1877-1949), maître de danse, utilise l’ennéagramme dans ses écoles successives de Moscou, Saint-Petersbourg, Constantinople, Paris, New-York. Il dira avoir été initié par des maîtres soufis au Turkestan et passera toute la fin de sa vie à mettre au point une méthode corporelle associée à l’ennéagramme, les fameux mouvements de Gurdjieff. Ces mouvements proposent de faire travailler ensemble les trois centres : instinctif, émotionnel et mental, afin de prendre conscience corporellement de nos difficultés et facilités. Piotr Demianovitch Ouspenski dans Fragments d’un enseignement inconnu, imprime pour la première fois un ennéagramme en 1949.
C’est à Oscar Ichazo, autre chercheur de Sens bolivien que l’on doit l’ennéagramme le plus répandu actuellement. Formé en Afghanistan par des confréries mystiques, il affirme avoir été autorisé à sortir cet enseignement de la transmission ésotérique (c’est à dire à l’intérieur d’une cour, de Maître à élève). En 1968, il fonde l’Institut de Psychologie Appliquée à Santiago et à Arica au Chili, il s’installera ensuite à New-York. Son enseignement sera suivi par de nombreux nord-américains. En 1969 le psychiatre chilien Claudio Naranjo devient son élève puis enseigne l’ennéagramme à Berkeley aux Etats-Unis en 1971. Claudio Naranjo rend l’ennéagramme compréhensible à tout le milieu de la psychologie et de la psychiatrie contemporaine. Naît en même temps ce qu’on peut appeler l’ennéagramme chrétien ou Ecole de Chicago qui redonne à l’ennéagramme une dimension spirituelle adaptée au monde chrétien. L’ennéagramme est traduit et enseigné en France depuis 1993.
Un peu de philosophie
En tant qu’outil, l’ennéagramme a-t-il besoin (pour creuser et illuminer en nous) d’autres sources de connaissance, de sagesse et de pratique corporelle ?
Matériel psychanalytique, bagage psychologique, claviers symboliques, enseignements des traditions, initiations, métaphysique, philosophie… ?
Quelles sont nos références ?
À quelles sources voisines ou étrangères est-il possible de s’abreuver afin de permettre un dévoilement en soi à placer au service de l’humanité ?
Seul, souffre-t-il d’enfermement ? En compagnonnage, devient-il bâton du pèlerin, carte au trésor ? A-t-il besoin d’une relation très intime ?
Est-il un moyen facilitant nos retournements ?
Conduit-il vers la métanoïa ?
Un peu de poésie Quand il parle la langue du symbole, l’ennéagramme devient l’habillage d’un secret.
Il est parfum subtil, effluve qui nous guide vers la fleur cachée et unique qui s’ouvre à l’aune de la levée des voiles.
Il y a une énigme à découvrir qui nous mène vers l’essentiel, vers le sens.
Le sens d’être, ici, dans ce monde, dans ce corps, à cette époque. Sens dans les 2 sens : direction et signification.
Le Sens pour soi.
Beaucoup d’amour
Je remercie tous mes maîtres passés, présents et à venir ainsi que tous ceux qui ont partagé cette découverte et ce chemin avec moi.
Je remercie mes parts travailleuse, endurante, joyeuse et déterminée qui m’ont permis de cheminer avec l’ennéagramme chevillé au corps, au cœur et à la tête.
Je remercie aussi tous mes démons que j’ai osé regarder, caresser et tenter d’apprivoiser.